Question à Patrick Norynberg

Patrick Norynberg est Directeur général adjoint à Aulnay-sous-Bois (93) chargé notamment de la démocratie participative. Il est également l’auteur de deux ouvrages publiés en 2011, “Faire la ville autrement” et “Ville démocratie et citoyenneté expérience du pouvoir partagé”, qui nous replongent dans l’univers de la ville et de ses quartiers “sensibles” sous l’angle des pratiques citoyennes et démocratiques. Il est aussi co-fondateur et vice-président de la régie de quartier du Blanc-Mesnil, une entreprise associative d’insertion par l’économie sociale et solidaire. Administrateur de Profession Banlieue, centre de ressources de la politique de la ville en Seine-Saint-Denis, il a participé à la création du réseau national de la démocratie participative réunissant habitants, élus et professionnels impliqués sur ces questions (www.demopart.fr).

 Pourquoi se lancer dans une démarche de démocratie participative ?

C’est la question fondamentale des enjeux qui est posée avec cette interrogation. Que cherche-t-on à faire lorsque l’on décide de mettre au cœur de ses pratiques, professionnelles ou politiques, la démocratie participative ? D’abord, je crois qu’il faut être fortement attaché au sens de “l’en commun”. La difficulté, c’est d’ailleurs que cette notion n’est pas définie une fois pour toutes. De plus, la démocratie est un mouvement permanent. “L’en commun” doit être ajusté en permanence lui aussi. Ce qui relève de l’intérêt général ou commun doit être en phase permanente avec notre société toujours en mouvement.

Le deuxième enjeu est celui de la recherche de l’épanouissement du plus grand nombre en s’enrichissant les uns des autres, quel que soit son rôle dans l’espace public. Ceci rejoint l’état d’esprit qui doit nous tenir à cœur : “Je cherche donc j’apprends”.

Le troisième enjeu consiste à concevoir la démocratie comme un but et un moyen où les pouvoirs, les savoirs et les connaissances sont partagés en permanence. La démocratie dans la pratique et avec ses outils contribuera à donner du sens à l’intervention citoyenne.

Aujourd’hui, le parti pris de la démocratie authentiquement participative est complètement à contre-courant des idées et pratiques dominantes. Et c’est désormais tout le sens de la démarche qu’il faut chercher à développer. Cela constitue un combat de longue haleine. Mais surtout, notre démocratie est en danger. Si le fossé continu à se creuser entre le peuple et ses représentants, il laissera plus encore la place à l’arbitraire et à l’autoritaire.

Comment relever ce défi en pratique ?

La volonté politique forte et claire constitue un impératif et un préalable et la forme compte autant que le contenu. Mais en matière de démocratie et de citoyenneté considérons que tout est à reconstruire.

Tout d’abord, savoir sortir de l’entre soi est une condition de la réussite. Tout groupe humain, pour avancer collectivement, a besoin de cohésion et de complicité. C’est ce qui va faire le ciment entre chacun, un aspect essentiel pour la vie du groupe et bien sûr du projet sur lequel il travaille. En même temps, si on n’y prend pas garde, le groupe a tendance à se fermer sur lui-même et finalement à être peu ouvert sur l’extérieur. Accueillir de nouveaux venus, faire connaître ce que l’on fait, devient une difficulté. Les personnes les plus pauvres ne peuvent y trouver leur place. Dans tous nos groupes de travail, nos instances participatives, c’est une question qui nous taraude en permanence. Le langage et les supports de communications ne sont pas à négliger.

Ensuite, trop souvent, le vocabulaire utilisé en réunion publique n’est pas facilement accessible. Les présentations sont longues et quelquefois confuses. Sachons être courts dans nos interventions. C’est seulement deux ou trois idées de fond que nous pourrons travailler à chaque rencontre. Avant de se quitter, redisons-nous l’essentiel pour partir, tous ensemble, avec ce qui nous rassemble bien clairement.

Enfin, si répondre aux questions posées semble une évidence, cela va mieux en le disant. Beaucoup de personnes acceptent volontiers qu’on puisse dire que nous ne sommes pas en mesure de répondre immédiatement à une question mais que nous chercherons les éléments de réponses pour une prochaine fois. S’engager à répondre est donc un devoir, une question d’honnêteté dans la relation. Le pire est sans doute de promettre et de ne pas tenir, comme de ne jamais répondre aux questions posées ou de répondre à côté. Ayons toujours en tête ce que disait Fernand Deligny, éducateur et pédagogue : “Le plus grand mal que tu puisses leur faire, c’est de promettre et de ne pas tenir. D’ailleurs tu le paieras cher et ce sera justice”.

Propos recueillis par Christophe Robert, le 11 avril 2013

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