Vous avez-dit Heuristique ?

« Connaître la nature arborescente de la réalité nous permet de comprendre non seulement la nature du savoir, mais aussi la nature des erreurs, et nous aide donc à éviter bon nombre de pièges du cœur et de la raison qui entravent nos tentatives de communication »
Tony Buzan, « Dessine-moi l’intelligence »

Les apprentissages acquis lors de la scolarité, voire des études universitaires, mobilisent essentiellement les capacités de raisonnement, au détriment des potentiels d’imagination, de sensation et d’émotion. La méthode de pensée qui sous-tend ces apprentissages peut être, schématiquement, qualifiée de linéaire et séquentielle. L’approche heuristique en revanche est irradiante, arborescente et globale.

“Eurêka !” [j’ai trouvé !] se serait écrié le savant grec Archimède en découvrant que tout corps plongé dans un fluide reçoit de la part de ce fluide une poussée verticale ascendante égale au poids du volume de fluide. C’est de là que vient le terme “heuristique”. Depuis, les recherches en neurosciences, en pédagogie, et la confrontation de leurs résultats expliquent l’efficacité de la démarche heuristique. En particulier, les travaux précurseurs de Tony Buzan (photo ci-dessus) ont permis de mettre en évidence les potentiels inexploités de nos cerveaux par les méthodes d’apprentissage traditionnel. Cet inventeur du « mind mapping » ou cartes heuristiques (ou schémas heuristiques ; topogrammes ; conceptogrammes…) a trouvé chez des penseurs et artistes célèbres (Léonard de Vinci, Albert Einstein, Pablo Picasso…) les fondements de ces outils de développement des potentiels cognitifs. Ces outils sont d’ailleurs aujourd’hui mis en œuvre dans des universités, des grandes entreprises (IBM, Boeing, Peugeot…), des organisations internationales (ONU, UNESCO…), ou encore des écoles en Australie et en Finlande. Le CNFPT a été précurseur, et une mission de l’Éducation nationale française a engagé des expérimentations à ce sujet.

En pratique, la démarche heuristique consiste en une autre forme de pensée qui permet d’accroître les capacités intellectuelles afin de mieux comprendre, de raisonner avec plus de rigueur et de mémoriser plus aisément.

Mais s’engager et poursuivre dans une telle démarche suppose deux préalables :
– le premier concerne une attitude de questionnement permanent, motivé par le goût de la découverte sans frontières ;
– le deuxième réside dans la recherche de changements positifs.

Principes essentiels d’une carte heuristique

Les cartes heuristiques constituent l’outil principal de la démarche heuristique. Trois qualificatifs permettent de rendre compte de leur spécificité.

Ces cartes sont :

– irradiantes, car les idées rayonnent à partir d’un cœur. Cela signifie que les différentes branches, qui représentent autant d’idées principales, seront construites à partir d’un cœur qui sera le sujet traité ;

– arborescentes, car les idées principales donnent naissance à des idées secondaires, comme un arbre, avec ses multiples branches ;

– systémiques, c’est-à-dire qu’elles constituent un tout dont les parties, en l’occurrence les idées, interagissent entre elles, produisant des effets qui modifient l’ensemble de la carte.

Particularités des cartes heuristiques

Les cartes heuristiques peuvent être écrites à la main, mais également créées à l’aide de logiciels libres ou payants (cf bibliographie webographie sur ce site). Quel que soit leur mode de réalisation, ces cartes présentent plusieurs particularités.

Le support

Le support utilisé pour réaliser une carte heuristique est une feuille blanche, sans lignes, ni carreaux. Cette feuille est utilisée en format horizontal, également appelé « paysage »

Au centre, le sujet

La question centrale qui est à traiter. De quoi s’agit-il ? L’écriture de cette question clé ne doit laisser aucune équivoque. Lors par exemple de l’exercice d’une note de synthèse, il sera donc particulièrement important de retenir l’essentiel de la question posée.

C’est à partir du centre que se dégageront les idées principales

Le (ou les mots clé) de ce centre doit permettre de ne pas s’écarter du sujet, puisque toutes les idées se réfèrent à lui.

Cette organisation permet également de déterminer quelles sont les idées principales, les idées secondaires, les exemples et illustrations.

Les idées principales

Constituant l’architecture de la réflexion ou du projet, les idées principales doivent être solides, car sur elles et leur ordonnancement, repose l’essentiel de la prise de notes. Comment satisfaire ces objectifs ?

Tout d’abord, le choix du mot clé ou des deux ou trois mots clés est déterminant, il synthétise l’objet de la carte, la problématique à traiter. Le mot que vous retiendrez ne sera pas obligatoirement celui d’une autre personne. Vous l’aurez choisi parce qu’il représente, pour vous, celui qui évoque le plus complètement et le plus précisément l’idée dont vous devez prendre note. Vous effectuerez ce choix, en fonction de votre expérience, de vos connaissances, qui à l’évidence sont différentes de celles d’une autre personne. Vous en tiendrez compte si vous devez restituer vos notes par écrit. En effet, à l’oral, vous pourrez expliciter, commenter.

Les idées secondaires découlent des idées principales, le lien de causalité doit donc être clair.

Les idées principales et les idées secondaires forment donc un ensemble cohérent.  L’équilibre des parties d’une argumentation structurée milite pour des ensembles de dimensions comparables. La carte heuristique est arborescente, et si l’on poursuit l’image, comme l’arbre, dont les branches d’égale importance, les ensembles d’idées sont également comparables en volume. Dans les cas d’une différence notable, on se posera alors la question, la transformation d’une idée secondaire en idée principale, ou l’inverse. Il est également envisageable de créer une autre carte heuristique pour une idée principale qui comporte trop d’arborescences.

Une autre caractéristique d’une carte heuristique concerne son organisation,  dont la logique est immédiatement apparente. Cette logique intervient tout à la fois dans le positionnement des idées principales, ainsi que dans l’enchainement des idées secondaires avec les idées principales. Revoir une carte un jour, deux jours, voire plusieurs jours après sa première rédaction, conduit souvent à la modifier, dans sa disposition, dans sa forme, mais également dans son contenu.

La facilité de mémorisation d’une carte heuristique est causée par l’utilisation de formes et de couleurs différenciées, ainsi que le montrent les cartes de ce site. L’intérêt de l’utilisation des formes et des couleurs réside dans le fait qu’elles facilitent la mémorisation, car en les choisissant nous décidons, facilitant ainsi la mémorisation ultérieure. Formes et couleurs constituent ce qu’il est convenu de nommer des indices de mémorisation. Ce choix s’effectue en réponse au questionnement qu’il rend indispensable, et nous devons décider par exemple des critères de couleur : le jaune pourra qualifier une idée qui éclaire, le rouge une idée très importante, etc.. Il constitue un filtre supplémentaire.

La synthèse que représente la carte heuristique, grâce à l’utilisation des mots clés nous incitent à la consulter, contrairement à une prise de note linéaire, en noir et blanc, avec des articulations qui sont moins apparentes. Cette exploitation sert, bien entendu pour une retranscription sous forme linéaire. Elle est également utile pour des modifications.

Construire une carte heuristique

Où trouver les logiciels ?

Logiciels gratuits

Freemind

http://freemind.softonic.fr/

Think Graph

http://www.brothersoft.fr/ThinkGraph-133479.html

Cmap Tools

http://cmaptools.softonic.fr/

View your Mind

http://vym-view-your-mind.en.softonic.com/

Logiciels payants

Open Mind

http://www.telecharger.org/windows/productivite/logiciel-brainstorming-mind-mapping/open-mind/
(version d’essai gratuite)

Mind manager

http://www.mindjet.com/products/mindmanager?lang=fr

Map it

http://www.map-it.be/

iMind Map

http://imindmap.softonic.fr/
(version d’essai gratuite)

Novamind

http://www.novamind.com/

Avantages de la prise de notes heuristique

Les cartes heuristiques rendent le travail intellectuel plus aisé. Elles permettent en effet de comprendre plus vite et plus facilement, de relier et d’organiser nos idées, de diversifier nos approches, de mémoriser plus facilement, d’enclencher un processus réflexif et de prendre en considération nos progrès et découvertes.

Comprendre plus vite et plus facilement : la recherche de mots clés représentatifs d’une idée permet de faire appel à nos connaissances antérieures et de les ancrer à ces dernières. Le passage d’un mot clé à un autre est aisé et source de nouvelles combinaisons cognitives.

La construction des arborescences constitue une organisation logique des idées et leur présentation sur une page unique facilite une réflexion distanciée, ce que ne permet pas la présentation linéaire et séquentielle habituelle.

Alimenter les idées principales à l’aide d’arguments situés en arborescence contraint à équilibrer ces idées principales, à éviter les plaidoiries à sens unique, à charge ou à décharge, ainsi que les modes de pensée binaire, vrai/ faux, juste/injuste…

La mémorisation est très grandement facilitée par le travail de concentration qui permet de choisir les mots clés les plus adéquats, la possibilité de relire une carte au lieu d’être confronté à de nombreuses pages, le plaisir de redécouvrir un travail de réflexion antérieur.

Les cartes heuristiques réalisées sont rarement satisfaisantes à la relecture, le plaisir de les enrichir témoigne des progrès de notre réflexion et de la relativité de nos pensées. Elles sont ainsi source d’une humilité nécessaire à toute nouvelle découverte.

Avantages d’une carte heuristique

Pourquoi choisir une démarche heuristique ?

L’efficacité de la démarche heuristique diffère selon qu’il s’agit de noter des actions ou des abstractions, nos propres idées ou celles d’autrui.

Mais dans tous les cas de figure, plusieurs raisons invitent à se laisser tenter par l’expérience de la démarche heuristique :

– elle nous place dans une posture active de questionnement, d’organisation des idées, d’acceptation critique, d’ancrage et d’empathie à l’égard de soi-même et des autres ;

– elle mobilise notre imagination, notre organisation, nos émotions et nos sens du toucher (écrire dessiner), vue (formes et couleurs diversifiées), ouïe (traduction des mots clés),

– elle permet de relier le passé, par la mobilisation de nos connaissances antérieures, le présent par l’attention active,

– enfin, la démarche heuristique libère des représentations antérieures, des méthodologies que nous utilisions et renforce l’imagination.

 François Le Merlus